Les quatre saisons du Gobi

La romance du désert sera détruite. Les touristes prendront place dans des voitures climatisées, mangeant de la nourriture européenne, lisant les nouvelles du jour, en ne comprenant rien à la glorieuse histoire, à la tragédie et à la romance des routes du Gobi.

(Roy Chapman Andrews)

L’arrivée en Mongolie et à Oulan-Bator par voie ferrée est censée émerveiller et surprendre le voyageur par ses nouveaux paysages. Arrivant de nuit, ce ne sera pas le cas pour nous, et on pose le pied sur le quai mongol plutôt avec faiblesse et excitation.

Le confort de la première classe a rapidement eu raison de notre fatigue mais la traversée de frontière au milieu de la nuit n’est clairement pas bénéfique pour le sommeil. Et malgré la nostalgie de la Russie, on est très emballé de découvrir un nouveau pays.

Pourtant le premier souvenir de sensation qui me vient à l’esprit n’est ni l’épuisement ni la soif de découverte ; c’est le froid. Un froid sec et cinglant différent du froid sibérien auquel on pensait s’être aguerri avec une certaine satisfaction. Un froid qui exténue et rend chaque action plus malaisée qu’elle ne devrait l’être. Ce froid sera notre compagnon de route et ne nous quittera qu’au prochain changement de pays.

Et c’est dans ce froid qu’on arpente difficilement les rues d’Oulan-Bator pour rejoindre l’auberge de jeunesse de bon matin.

On est d’emblée choqué par l’intensité de trafic dans cette ville où circulent près de 700 000 voitures pour deux fois plus d’habitants (dont 400 000 Toyota Prius !), cela expliquant les embouteillages et l’inquiétant nuage gris qui surplombe la cime des buildings.

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Petit Spoiler

On rencontre assez rapidement le propriétaire qui nous propose de passer quelques jours dans le désert de Gobi avec un autre jeune couple. Le choix de la durée du séjour nous appartient, et après de vives discussions, on convient que six jours en yourte, c’est déjà bien suffisant.

La Mongolie est un curieux pays où la moitié des habitants vit dans sa capitale et l’autre est éparpillée dans les plaines et le désert. Mélange de temples anciens, de gratte-ciels et d’immeubles soviétiques, Oulan-Bator apparait comme un fourre-tout d’architecture posé tel quel sur une vaste étendue vide.

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Vue de la plus haute tour de la ville

On y trouve même le quartier des yourtes, perdu quelque part entre l’occidentalisation et les traditions, où survivent difficilement dans la pauvreté et l’alcool des éleveurs venus faire fortune en ville. On apprendra par la suite que beaucoup d’anciens nomades échouent à trouver du travail à Oulan-Bator, du fait d’une certaine discrimination envers ces mongols nés dans les plaines caillouteuses du Gobi à qui on ne reconnait pas d’identité.

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Une yourte perchée sur un toit

Autre exemple de cette architecture : l’ancien temple de Choïjin-Lama, coincé entre des zones désaffectées et des tours géantes en verre. Tout semble désorganisé, comme en témoigne l’immense place centrale — quasi vide, où trône fièrement le grand patron Khan, particulièrement vénéré dans ce pays.

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Tradition et modernité
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Choïjin-Lama

Après ce court séjour à la ville et un vif échec d’obtention du visa chinois malgré une tentative appuyée avec pleurs de Marie et tout le tralala, nous voilà partis tous fiers dans l’immensité du désert mongol.

Au programme : des sites naturels tous plus différents les uns que les autres, mais aussi beaucoup de route, et un violent retour aux sources.

J1

Le désert de Gobi, qui s’étend sur une surface proche de l’Europe occidentale, comble une grande partie du pays, et arbore des paysages bien distincts. Les mongols disent qu’il existe trente-trois Gobi mais nous n’en découvrirons qu’une parcelle.

Nous voilà donc embarqués avec Kim et Timo dans un 4×4 (Toyota bien entendu), conduit par Tuvsha notre chauffeur/guide/interprète/cuisinier/professeur/gardien (rayez la mention inutile).

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Notre fidèle Toyota

Une grande partie du périple se jouera sur la route, « en voiture » devrais-je dire, puisqu’en Mongolie le nombre de route goudronnée, et même de route tout simplement, se compte sur les doigts de pied d’un chameau. On quitte rapidement l’ « autoroute » pour rouler sur les chemins du déserts puis dans les plaines, notre fière monture parcourant des kilomètres sur des voies imaginaires.

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Les routes des caravanes à thé

Cette absence de tracé rend chaque trajet invraisemblable à nos yeux, alors que ceux de Tuvsha semblent se concentrer sur des lignes invisibles. Plutôt taciturne et absorbé, changeant parfois de route direction au milieu de rien en marmonnant quelques mots d’ailleurs, notre chauffeur est comme notre ange-gardien chargé d’une mission divine : nous amener saints et saufs dans une yourte à la nuit tombée. Et on arrivera toujours à bon port après des heures de route à travers le vide rocailleux.

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Le vide à perte de vue

On part tôt de l’auberge de jeunesse devant la longueur du trajet à effectuer. Le midi on fait quand même halte dans un restaurant une espèce de relais surgi de nulle part où l’on sert des plats chauds. Ce sera notre première rencontre avec la vraie nourriture mongole, pas celle des bistrot occidentalisés d’Oulan-Bator.

Comme la vie du désert est une vie nomade, tout consiste à déplacer les troupeaux pour trouver de nouveaux pâturages ; c’est là l’essentiel de la Mongolie.

D’une nécessité découle une philosophie et une façon de voire le monde. Et si les hommes et leurs troupeaux savent marcher, il en est loin des cultures qui brillent de ce fait par leur absence. On ne trouvera donc ni fruits, ni légumes, ni épices dans la cuisine mongole – ou alors de rares légumes au vinaigres en conserve.

Ici la viande et les produits laitiers sont rois. Les féculents, non périssables, sont achetés au nord en grande quantité et permettent, en plus d’apporter un peu d’énergie, d’égayer un peu les menus.

Ce premier repas sera donc l’occasion de comprendre une chose : on va manger du mouton. Ragoût de mouton, beignet de mouton, ravioli de mouton, soupe au mouton, etc. : difficile d’être végétarien face à ce type de carte.

Cet avant-goût de la gastronomie du pays sera pour moi une révélation lorsque je mangerai dans l’assiette de Marie mon premier dumpling de mouton (buz de son petit nom) : cousin rustre du pelmeni russe et de nos raviolis, d’apparence innocente, et qui se révèle contenir du mouton séché (viande, gras, viscères) puis réhydraté et cuit dans sa graisse.

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Le fameux dumpling

C’est bien simple, quand on croque dedans, ça jute abondamment et ça emplit la bouche d’un impétueux parfum de méchoui. C’est si difficile la première fois qu’on se demande comment on peut en manger un entier.

La première bouchée est puissante, violente, tellement qu’on en sort écoeuré mais intrigué et avec l’envie d’en découvrir plus. Certains s’arrêteront là, au gras du jus coulant le long des lèvres et aux rances saveurs de bétail ; pour moi ce sera le début d’une course à la dégustation.

Par défi idiot, je me fixe un nombre de dumplings à manger avant la fin du séjour : huit, comme ceux que je compte dans l’assiette de Tuvsha, qui ne semble pas comprendre mon intérêt pour ces bouts de viandes en pâte dégoulinants.

-un dumpling- Je crois que je vais vomir !

Après ce repas riche en enseignement (et riche tout court d’ailleurs !), nous voilà repartis en direction du premier site : les falaises de Tsagaan Suvarga. Ces canyons aux couleurs pourpres me font penser à l’automne et à ses teintes. Comme tout ce qu’on verra dans ce désert, ils apparaissent comme par magie, se dressant là dans l’étendue dépeuplée ; puis derrière c’est à nouveau le néant à perte de vue.

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Tsagaan Suvarga

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La nuit survient rapidement et on arrive à temps au premier campement, avide de repos et de chaleur.

C’est le début de l’hiver et malgré le soleil, le froid est bien là. En hiver le mercure affiche parfois des chiffres en dessous de -40°C dans le désert et pourtant les nomades y restent.

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Le camping

C’est en fait les derniers jours passés en yourtes. Le lendemain nos hôtes déménageront tous leurs bien dans un camp d’hiver, caché derrières des rochers pour se protéger du vent et des intempéries. Paradoxalement et malgré l’exil, les mongols vivent l’hiver comme leur meilleure saison : après les corvées et les nombreux déplacements de troupeaux tout l’été, ils profitent du (grand) froid pour se reposer et prendre des forces avec de grands festins (de mouton bien entendu). Comme une sorte d’hibernation, seule carte à jouer dans ce grand jeux de la survie.

On apprends alors rapidement à se servir du poêle bricolé qui trônent fièrent au centre la yourte, comme un totem autour duquel tout le monde se rassemble. Du fait de l’absence de forêts et donc de bois, c’est avec de la bouse séchée que l’on essaiera nuit après nuit de faire vivre un petit feu dont notre confort et notre bon sommeil dépendent.

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L’objet de survie

L’ouverture au niveau du toit de cette tente asiatique, indispensable à l’échappement des mauvais gaz, n’aide pas à réchauffer notre fragile logis. Et finalement, sans s’être concerté ni organisé mais dans un esprit de coopération, chacun trouvera son moment de courage durant la nuit pour sortir du lit et raviver les flammes.

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Le système d’aération

J2

Un peu groggys, on entame la deuxième journée par la rencontre de nos gardiens de la nuit, un troupeau de chameaux ayant élu domicile autour du camp. C’est un des animaux phare du désert de Gobi, qui peut faire office d’excellents barbecue au besoin.

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Nos compagnons de la nuit
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Peace and Love

Après être retourné sur les falaises colorées, on monte en voiture pour se rendre à la rivière gelée de Yoliin Am.

On en profite pour se restaurer là où quelqu’un veut bien cuisiner quelque chose pour des visiteurs.

-deux dumplings (et deux beignets)- Vite ! Ma brosse à dent !

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Repas vegan

Au fur et à mesure que la plaine se couvre de neige, on commence à comprendre que le désert de Gobi a de multiples facettes et qu’on n’est pas au bout de nos surprises.

C’est comme si d’un seul coup les coloris chaleureux de Tsagaan Suvarga avait laissé place à l’hiver.

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Les premières neiges

On débute ainsi une petite randonnées entourés d’herbe gelée et de neige fraiche.

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Les chevaux du désert

Le froid prend alors tout son sens et on comprends pourquoi le bétail du désert est habillé d’une épaisse fourrure, des chameaux au chevaux en passant par les vaches et les gazelles.

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Les vaches en manteau de fourrure

On retourne à la voiture, glacé, et la nuit dans cet hiver de l’hiver s’annonce compliquée.

Arrivé à notre yourte complètement gelé, on décide de bourrer (il n’y a pas d’autre mot) le poêle de combustible. Bien mal nous en a pris ! Le système étant légèrement bancal et les excréments secs ne constituant pas le meilleur allume-feu, on se retrouve enfumés dans nos 5m2.

Les yeux brûlent, le nez et la bouche piquent, la gorge se noue et les poumons cuisent : chaque inspiration devient un calvaire et on comprend que le froid n’était finalement pas notre pire ennemi dans cet univers hostile.

Heureusement pour notre santé, c’est Tuvsha qui vient à notre rescousse, alerté par l’épaisse fumée sortant par la porte au lieu de la cheminée ! Il nous fait sortir, râle, grommelle puis nous rejoint dehors en ricanant avec dans les yeux un sourire semblant tout dire, comme on s’attendrirait face à des enfants perdus et comme pour pardonner la faute du débutant. Ah ces touristes !

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Enfumés sous les étoiles

Autant le dire, la nuit fut rude et même notre semblant de tour de garde pour relancer le poêle n’a pas réellement suffit à maintenir une température correcte.

J3

Après le fameux paradoxe du matin (vouloir partir rapidement pour se réchauffer en voiture…mais ne pas pouvoir sortir du lit), on commence une seconde ballade enneigée sur la glace éternelle de Yoliin Am.

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Hiver

Dans cette région, la glace ne fond jamais et après plusieurs kilomètres à marcher sur la rivière gelée dans un petit canyon, on arrive dans un cul de sac présentant une immense cascade tout autant gelée, considérée comme lieu spirituel capital, origine de cette glace immortelle.

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Marche périlleuse sur l’eau gelée
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Yoliin Am

Ce pèlerinage aura malheureusement réveillé nos appétits, et à mesure que nous approchons de notre prochain lieu de ripaille, nos estomacs marchent à reculons d’éventuels supplices.

-quatre dumplings (avec du ketchup)- C’est pas si mal finalement, non ?

Brouillés avec nos ventres, on se prépare alors à se fâcher tout autant avec nos jambes, en échange du bonheur de nos yeux. On quitte progressivement le territoire gelé et l’espace devant nous se couvre petit à petit de sable jusqu’à arriver au pied des monstrueuses dunes de Khongoriin Els : ça y est, c’est l’été.

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Été

On arpente alors la plus grande d’entre elles, et même si on recule de deux pas tous les trois pas, on souffre en silence pour garder notre souffle : le temps passe et on sait qu’au sommet le coucher de soleil s’offrira à nous en guise de couronne si on gravit les marches mouvantes assez vite.

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L’ascencion

Arrivé en haut, on a enfin l’impression d’être dans un désert comme on se l’imaginait étant petit, quand on contemple cet ensemble de dunes flottant sur l’étendue de sable blond.

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Le désert, le vrai

Une interminable séance photo plus tard jusqu’à la tombée du jour, on redescend les pentes dans le crépuscule avec une facilité déconcertante qui semble effacer toute la torture de la montée.

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L’oeil de lynx

Cette fois-ci, comme les bons élèves qu’on commence à devenir, on ne ratera pas notre feu, mais fier de notre réussite, on transformera rapidement la yourte en un sauna invivable nous invitant même à manger en T-shirt la porte ouverte, unique moment de l’excursion où l’on appellera le froid à la rescousse.

J4

Cette première nuit au chaud se poursuit par l’ascension d’autres dunes, bien plus petites que le mur de la veille, nous permettant notamment de tester le drone de nos deux compagnons de route. Sous le soleil matinal et entourés de tout ce sable, il ferait presque chaud.

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Laurent de Gobi

Mais c’est l’heure d’un petit retour en automne dans ce cycle des saisons complètement perturbé.

Encore une fois la majeure partie de la matinée et de l’après-midi se passe à huit clos dans ce cher 4×4 dans lequel on se réchauffe, on rit et on se repose, sous l’oeil attentif et bienveillant de Tuvsha.

La traditionnelle pause repas revêt un caractère particulier en ce quatrième jour puisque le village regroupement de baraquement dans lequel on marque l’arrêt possède une douche.

Il faut dire qu’on n’est pas lavé depuis trois jours, et même si le froid préserve un peu de ces considérations, avouons qu’entre les odeurs de mère nature, de soupe au mouton et de feu de bouse, ça ne sent pas le linge propre dans la Toyota !

C’est une des principales difficultés de cette vie de nomade du désert : les sanitaires. En guise de toilettes on s’habituera vite à « la fosse » derrière deux planches en bois (quand on n’oubliera pas le papier…), mais l’absence de point d’eau restera difficile tout du long.

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Le luxe

On a bien essayé de pallier au problème en emportant un stock d’eau, mais c’est surtout pour cuisiner et faire la vaisselle. Et d’ailleurs, compte tenu de l’absence de toute infrastructures se rapprochant d’une douche, et des températures s’éloignant tranquillement du zéro, il est hors de question de jouer à Adam et Ève dans le vent des steppes.

Nous voilà donc en face du graal, qui permettra aux filles un semblant de toilette, vu la faiblesse du débit d’arrivée d’eau. Orgueilleusement vêtu de ma chère laine Mérinos, je décline, ainsi que mon autre compagnon, la proposition. Le stock de lingettes n’a qu’a bien se tenir. On en profite pour expliquer le fonctionnement du drone à Tuvsha, captivé.

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L’apprentissage

On apprendra que cette douche qu’on critique est le point de rendez-vous capital de nombreux nomades pour leurs ablutions bi-mensuelles…

-six dumplings- Je crois que je commence à m’habituer à cette odeur…

On arrive à temps aux Flamming Cliffs de Bayanzag, nous laissant le temps de s’y perdre avant la tombée du jour. C’est là que furent déterrés les premier oeufs de dinosaures, attirant un grand nombre d’archéologues et les tous premiers touristes.

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Bain de soleil avant la nuit

Ici, le sol est rouge ardent, tout comme les falaises et les fossés.

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Automne

Ces parois pourpres et sages s’enflamment sous nos yeux en même temps que la nuit chasse le jour, donnant au paysage un air de planète rouge.

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Chroniques martiennes

Et sous une lumière vespérale, la vacuité qui nous sépare de l’horizon, lors du dernier trajet de la journée, confirme cette sensation d’autre planète.

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Dans le cockpit d’Apollo

Après une énième soupe au mouton et au pâtes, on s’endort en rêvant aux reptiles géants qui peuplaient autrefois ces falaises de feu et en imaginant les créatures humanoïdes de leur cousine martienne.

J5

Après la planète Mars de la veille, de très (très) longues heures de traversée nous amènent à Baga Gazriin Chuluu. La route est ardue et on traverse de nombreuses zones rocailleuses qui donnent au paysage des airs de panorama lunaire : les graviers deviennent des roches et prennent des tons grisâtres.

On trouve quand même un endroit où manger, petite pause toujours bienvenue pour Tuvsha qui conduit parfois 10h dans la même journée sans pester.

-Sept dumplings- Ça va être difficile de faire mieux…

On profitera de cette pause dans un semblant de ville pour visiter un musée. On assistera à une visite troublante par une jeune guide qui nous expliquera bon nombre de chose sur l’histoire et les coutumes du pays, en mongol bien entendu. D’abord stressée de nous faire la visite, elle se détendra petit à petit devant nos mines encourageantes.

Plusieurs kilomètres au loin, Tuvsha nous arrête devant un édifice rocheux pour nous faire découvrir une tradition tout autant folklorique que cette exposition. En haut d’un rocher, il s’assoit, soulève une pierre et découvre un trou dans lequel il plonge une petite louche qu’il remonte pleine d’eau claire.

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Le rituel

Il nous explique que cette « eau de printemps » ne gèle pas, cachée dans ce rocher, et qu’elle apporte bonne vue à tous ceux qui s’en aspergent le visage. Ce qu’on fera sans hésiter.

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L’eau miracle

Ce soir-là on devra demander asile à trois campements différents avant de trouver où dormir. En ce début d’hiver, beaucoup de familles sont parties chercher un abri pour leurs bivouacs et ont quitté leurs camps d’été, laissant des yourtes fermées, ou des emplacements désertés.

La troisième porte à laquelle on frappera sera la bonne et la famille acceptera de nous nourrir et de nous héberger.

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Après l’évacuation

Le néant et l’immensité du désert de Gobi obligent les nomades à offrir l’hospitalité à quiconque s’aventurerait dans le désert. On ne sait jamais où l’on va dormir mais on sait que l’on trouvera forcément quelqu’un. Chaque yourte de la steppe peut un jour ou l’autre faire office d’hôtel et d’auberge pour l’ensemble de la population. Leur survie en dépend.

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On se sent comme chez soi !

J6

Sixième jour à manger du mouton, cinquième jour sans douche, on arrive à la fin de notre expédition.

Sur la route d’un temple abandonné dans la montagne, on remarque les premiers arbustes depuis bien longtemps : ce sont les arbres du désert. Ils ressemblent plus à des mauvaises herbes sèches, mais qu’importe, ça sent la verdure et le printemps !

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Les fameux Arbres du Gobi

Arrivés au temple, on constate que les ruines, coincées dans la montagne, sont entourées d’arbres.

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Le temps figé

Sur le sol de la région environnantes poussent un fragile gazon au milieu des rochers, juste assez pour nourrir les chèvres des montagnes qui se prélassent non loin.

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Printemps
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Futurs dumplings

Il fait beau, le froid est moins intense et on entend le vent qui fait bruisser les herbes. Cette clémente atmosphère de printemps est en fait bien différente du vrai printemps mongol, sec, poussiéreux et impitoyable envers les animaux les plus faibles qui n’y survivent pas.

Ce sera la dernière perspective du désert pour nous, puisqu’il est temps de reprendre la longue route pour retrouver le nuage de pollution.

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L’au revoir

En chemin, on avale notre dernier repas traditionnel, l’occasion pour moi de perdre mon défi en commandant une soupe plutôt que les huit dumplings visés quelques jours plus tôt ; c’en est trop. Avec un lait au thé et pas l’inverse, c’est bien mieux pour remettre ma digestion à l’endroit.

Je ne suis pas (encore) malade et je touche du bois, chose que Marie aurait du faire visiblement, puisque ses intestins sont mourants depuis trois jours.

Lors de notre retour et en manifestation de mon amour vache pour les raviolis mongols, le premier vrais repas que l’on fera sera végétarien. Comme quoi on peut faire d’excellents dumplings sans mouton !

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La libération

Pour les mongols, la nature a quelque chose de doublement sacré et la plupart d’entre eux sont très respectueux envers elle. D’une part, les esprits leur ordonnent de ne pas créer de déséquilibre entre la nature et l’homme, sans quoi des calamités s’abattraient sur eux. Et d’autre part, ils savent qu’exploiter le sol c’est détruire les pâturages indispensable aux bêtes.

Ainsi chiens, chevaux, vaches, chameaux, etc. sont libres de galoper dans l’infini désert, dans son sable, dans sa neige, dans ses roches et dans ses rares prairies qu’ils laissent vierges.

Et les hommes migrent de place en place pour leur fournir de quoi se nourrir, avant de s’en nourrir le moment venu.

Dans cette vie sans équilibre complètement dépendante des saisons et du climat, les mongoles, dans leur respect de la tradition et des croyances, semblent avoir finalement trouvé de quoi vivre en harmonie avec leur environnement, sans les excès de l’occident qui les envahit petit à petit.

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Quentin

P.S. : La douche chaude au retour fut la meilleure de toute ma vie !

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