Les Chiapas et les Mayas

« Plutôt mourir debout que vivre à genoux. »

(Emiliano Zapata)

Nous quittons l’océan et le Oaxaca pour retrouver les montagnes et découvrir les Chiapas. Nous sommes accueillis par le Canyon del Sumidero que nous décidons de pénétrer en lancha sur le Rio Grijalva en contrebas des falaises hautes de 800 mètres. On voit nos premiers singes, notre premier crocodile et on a même droit à un sapin de noël géant là ou la mouse recouvre la roche érodée par une chute d’eau. Ça vaut le détour même si le paysage est un peu gâché par les déchets flottants.

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Au fond du trou ! 🙃
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Ça va vite !
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🎶 Mon beau sapin 🎶

Sur l’embarcadère en attendant le bateau, on nous propose du Tecalate. Quentin a lu que c’était la boisson typique du coin et me confirme que ça va me plaire. Je m’attends donc à un genre de limonade au citron. « Mais c’est immonde ! », même si le lonely et Quentin trouvent délicieuse cette boisson fraiche lactée à base de cacao moulu, de pignon, de maïs grillé, de canelle et d’achiote. 🤢

On se dirige ensuite vers le fief des Tzotziles (une des 17 ethnies mayas présentes au Chiapas), San Cristobal de Las Casas, sur les conseils d’un collègue de Quentin. Il faut savoir que la petite région des Chiapas compte à elle seule un quart de la population indienne mexicaine. C’est un choc en arrivant. En fait, les ethnies indiennes sont exclues de la croissance mexicaine. Ce sont souvent des citoyens considérés de seconde zone, vivant sur les terres les moins fertiles en autosubsistance sans eau ni électricité. Les plus pauvres sont refoulés autour de la ville dans le Cinturon de Miseria, un ensemble de bidonvilles limitrophes. S’ils y vont, les enfants vont à l’école tzotzile et non mexicaine, où l’on ne parle pas espagnol. Ce qui favorise encore un peu plus l’exclusion.

On part à la découverte de cette ville déconcertante et on commence par les marchés d’artisanat autour de l’Eglise de Santo Domingo où l’on peut trouver des textiles mayas de bonne qualité. Je trouve pour la Mamie (Simone) un joli gilet bien chaud au motifs ethniques. La petite mamie qui le vend a un tel accent que nous ne comprenons pas le prix. Habituée, je sors instinctivement mon téléphone et lui tend la calculette pour qu’elle inscrive le montant. Je me rend compte que les chiffres inscrits ne représentent rien pour elle et je me sens terriblement mal à l’aise avec ma technologie mal placée. Bref on finira par faire affaire et le gilet est déjà sur les épaules de la Mamie (Simone) au coin du feu à Bart !

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Eglise de Santo Domingo

On nous informe qu’il y a un musée de la médecine maya et je n’y coupe pas ! Le  Museo de la Medicina Maya se trouve dans un quartier peu touristique et l’ambiance du chemin pour s’y rendre est particulière… On y apprend que la médecine maya traditionnelle est encore exercée dans les Chiapas. D’ailleurs le musée est géré par un groupe de 600 guérisseurs/sage-femmes/herboristes/spécialistes de la prière. Il y a des reconstitution de rituels avec bougies, os, aiguilles de pins, poulets sacrifiées et soda (le malade doit boire du Coca-Cola pour roter et ainsi évacuer les mauvais esprits). Malheureusement cette médecine basée sur des prières en l’honneur de l’Esprit de la Terre n’a pas convaincu Quentin. Je suis plutôt enthousiaste et me rend dans la casa de la curation, ou des traitements sont proposés, pour montrer ma brulure. Je repars avec une mixture à appliquer matin et soir mais j’avoue que finalement je continuerai les prescriptions Quentin… 🤓

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Cabinet médical

Nous approfondissons nos nouvelles connaissances indiennes en nous rendant à San Juan Chamula, village à 10 kilomètres de San Cristobal où vivent les Chamula, ethnie tzotzile farouchement indépendante (c’est à dire qu’elle ne dépend pas du gouvernement  mexicain ; par exemple, elle a son propre système de justice). C’est le centre de pratiques religieuses uniques entre rites précolombiens et catholicisme. On assiste alors une procession Chamula mais les photos sont interdites et il est difficile de décrire la scène. Dans le Temple, le sol est recouvert de milliers d’aiguilles de pins et de centaines de fines bougies blanches, allumées par des fidèles agenouillés. Il faut s’imaginer une atmosphère avec une forte odeur d’encens et une musique monotone à base d’accordéon et de tambours. La procession commence et des hommes vêtus de tuniques noires ou blanches portent une statut du Saint Jean-Baptiste. Ils sortent sur le parvis qui a été recouvert d’aiguilles de pins également, suivis des musiciens et des fidèles. Tous forment un cercle autour de la statue ; les hommes chantent, les femmes dansent, toujours la même chose, les mêmes sons, le même rythme, pendant plus d’une heure… Plusieurs fois par jour tous les jours sauf le mercredi (il porte malheur !).

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Photo volée !

Nous reprenons la route de nuit (une fois n’est pas coutume) en direction de Palenque, ancienne cité maya. Le tronçon de route est contrôlé par les Zapatistes et nous faisons face à trois barrages.

L’armée zapatiste de libération nationale est un groupe de rebelles armés antimondialiste et reprenant des slogans de la révolution mexicaine (d’où la citation de l’article, si vous avez du mal à suivre 😉). Les zapatistes veulent améliorer les conditions de vie des Indiens et bénéficient du soutien des intellectuels internationaux. Ils ont obtenu du gouvernement mexicain des accords sur les droits des Indiens et l’indépendance de la région. Mais ces négociations n’ont jamais été ratifiées et la violence s’est accrue dans les années 1990. Mais depuis les années 2010, le mouvement a perdu de son influence en dehors des secteurs qu’elle contrôle.

Le premier barrage est un peu stressant : une cinquantaine d’hommes cagoulés, certains armés, barrent la route. Nous nous méfions et nous nous arrêtons à une centaine de mètres. Un homme seul vient à notre rencontre et nous demande 50 pesos (2,18 €). Nous n’avons que des billets de 100 pesos mais nous voulons passer donc nous lui en tendons un. Mais il nous est toujours impossible d’avancer. L’homme revient et à notre grande surprise, nous rend la monnaie puis nous fais signe de passer. Certes ces méthodes peuvent être controversées mais après avoir vu les conditions dans lesquelles vivait ce peuple, j’avais plutôt envie de soutenir ce mouvement. On peut voir ça comme une sorte de péage…

Il est difficile pour moi de comprendre réellement la situation. Nous avons vu un Mexique plutôt développé, mais qui a encore de grands progrès à faire sur le plan de l’égalité. Après tout ce temps, ces populations mayas n’ont toujours pas été intégrées…

Bref au troisième barrage, on est plutôt sûrs de nous et on tend naturellement nos billets.  On est rassurés mais on préfère quand même faire halte en chemin et reprendre la route au petit matin.

Au programme : douche naturelle aux cascades Agua Azul. Il est tôt et il n’y a personne alors que l’endroit est connu pour être gâché par la horde touristique. Le courant est fort donc je me contenterai de tremper les pieds pendant que Quentin passe de bassin en bassin malgré lui ! Mais plus de peur que de mal…

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Pour moi, la douche attendra jusqu’à la chute d’eau Misol-Ha de 35 mètre de haut qui se jette dans un bassin entourée de végétation tropicale.

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Misol-Ha
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Et pour une fois, il y a de la pression ! 😃

Palenque : on nous en a beaucoup parlé et c’est notre dernière destination au Mexique ; elle ne peut pas nous décevoir. Ces ruines datent des années 630 à 740 environ.  Ces édifices ont été construits sous le règne de Pakal, sans outils métalliques, sans animaux de trait et sans roues. L’endroit fut laissé à l’abandon après l’année 900 puis redécouvert en 1746. La jungle luxuriante environnante magnifie le site qui peut accueillir jusqu’à 6000 personnes par jour ! Par chance, nous n’en croiserons qu’une centaine.

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Mon Chef Maya 😍

Des centaines de temples s’étendent sur 15 km2  mais seulement quelques uns ont été mis à jour dans la partie centrale. Aujourd’hui encore, les archéologues découvrent des secrets mais nous n’avons pas trouvé le trésor…

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Temple perdu dans la jungle.

On s’y ballade une demi-journée et on reste subjugué par ce passé maya, finalement contents d’avoir fait ce détour.

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Palenque est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

C’est aussi notre première expérience avec les singes hurleurs et whaouh !, mieux vaut être prévenu avant d’aller se coucher… 😳

La frontière avec le Guatémala est prévue pour le lendemain. On est triste de quitter le Mexique mais on sait qu’on reviendra pour la côte est !

Marie

P.S. : Il y a encore tellement à dire sur les peuples indiens. Nous avons beaucoup lu sur le sujet quand nous y étions mais je vous laisse approfondir :

 

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